Textes à méditer

Le moine et les processions

« Les chrétiens croient que ce que Dieu a accompli jadis il y a bien longtemps pour son peuple est toujours disposition pour chaque génération suivante de croyants. Cette disponibilité est rendue active surtout à travers une reconstitution liturgique des actes sauveurs de Dieu. Une façon de comprendre ce qu’a fait Dieu pour son peuple – et de comprendre ainsi ce qui est disponible aujourd’hui – est de considérer l’action divine comme une série de processions dans lesquelles Dieu lui-même guide son peuple vers le salut. Ainsi, il y a eu la procession pour sortir d’Égypte à travers la mer Rouge pendant l’Exode, la procession des quarante années dans le désert et la remise des tables de la loi sur le mont Sinaï, la procession à travers le Jourdain et jusqu’à la terre promise. Tous ces cortèges changent de tonalité en Christ, qui mène ses fidèles disciples en procession le long du chemin qu’il a lui-même foulé : dans l’exode de la mort vers la terre promise de la vie éternelle, un exode de ce monde au paradis.

Les moines sont sans cesse en processions. En tant que communauté, chaque fois que nous nous déplaçons, nous ne le faisons pas de manière désordonnée, nous y allons en procession. Nous nous rendons à l’église en procession; nous en sortons de la même façon. Nous nous rendons au réfectoire pour y prendre un repas en processions. Nous nous rendons dans nos cellules en procession. Nous nous rendons au cimetière en procession. En procession nous faisons le tour du domaine. Je me réjouis de tous ces cortèges. Certes, ils pourraient devenir trop solennels : nous pourrions les rendre trop guindés; et alors ils deviendraient vraiment bizarres. Mais je les vis comme un privilège, quelque chose dans mes journées que je n’aurais pas si je n’étais pas moine. Et ainsi ça me rappelle sans cesse que je ne m’agite pas au hasard dans l’existence. Je fais partie de la procession irrévocable du Christ à travers la vie que je mène. Je fais partie d’une immense histoire, d’un immense mouvement, d’un exode irrévocable. Ma vie a une direction.»

Jeremy Driscoll o.s.b., L’alphabet du moine, Paris, Salvator 2008, p. 136.